Résultats des votes: Les mâles sont prioritaires sur l’accès à la nourriture.: 18%, La femelle a avantage à rester petite pour se cacher des mâles.: 41%, La femelle n’a pas besoin d’être grande pour se reproduire.: 41%

La bonne réponse est la 3: au contraire du mâle, la femelle n’a pas besoin d’être de grande taille pour se reproduire


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Chez le tilapia du Nil (Oreochromis niloticus), les individus mâles présentent une croissance nettement plus rapide que les femelles et atteignent une taille supérieure. Comment peut-on expliquer cette différence ?

Selon Claus Wedekind, professeur au département d’écologie et d’évolution de l’Université de Lausanne, «si les mâles doivent se battre entre eux pour avoir accès aux femelles, et si la taille corporelle affecte le résultat de ces combats, nous nous attendons à ce que les mâles grandissent plus rapidement que les femelles.» Un mâle plus grand aura plus de chance de se reproduire, donc il vaut la peine pour lui d’investir dans la croissance. Par contre, pour une femelle une grande taille n’est pas un trait avantageux.

En effet, l’énergie totale que possède un organisme est distribuée en différentes catégories de dépenses : survie, croissance, maintenance, défense et reproduction. Toute énergie dépensée pour un de ces domaines n’est plus disponible pour un autre. Il existe donc un compromis évolutif. Un tilapia femelle fait le choix d’investir plus dans la reproduction que dans la croissance.

Dans le même ordre d’idées, Claus Wedekind avance une deuxième explication possible concernant la répartition de l’énergie disponible entre divers organes : «chez les poissons, l'investissement dans les ovaires et les œufs est souvent plus important que l'investissement dans les testicules et les spermatozoïdes. Les femelles investissent donc plus d’énergie dans les gonades que les mâles et cela peut affecter leur croissance.»

Le saviez-vous ?

Réversion sexuelle

Le tilapia est le poisson d’élevage par excellence. Même s’il n’est pas encore très populaire en Europe, c’est une des principales espèces d’aquaculture en Asie, en Afrique et en Amérique du sud. Il est même le 2ème poisson d’élevage au niveau mondial, après la carpe.

La différence de taille entre mâle et femelle est connue et exploitée depuis longtemps par les piscicultures d’élevage intensif. Depuis les années 1970, ils sont généralement composés uniquement de mâles, ceux-ci étant plus rentables. Pour cela, ils peuvent utiliser des techniques de réversion sexuelle hormonale en administrant, par le biais de l’alimentation, des hormones masculinisantes aux alevins durant leur période de différenciation sexuelle. Ainsi, les poissons ayant un génotype de femelle auront tout de même un phénotype de mâle, et donc une taille plus grande.

Incubation buccale

Une des particularités du tilapia du Nil est sa méthode d’incubation des œufs. Le mâle creuse un nid dans lequel viendra pondre la femelle. Dès que le mâle aura fécondé les oeufs, la femelle viendra les récupérer dans sa bouche pour les incuber, pendant 1 à 2 semaines. En conséquence, le nombre d’oeufs produits par la femelle est relativement petit par rapport à d’autres espèces. A savoir 1500 au maximum contre 8000 environ pour un saumon. A noter encore que pendant toute la période de l'incubation buccale, la femelle se nourrit mal.

 

SOURCE :

Le tilapia, le poisson le plus consommé au monde, ConsoGlobe, 24/01/13

Christian Ouedraogo. Analyse comparative, physiologique et moléculaire des effets de trois traitements masculinisants chez le tilapia du Nil, Oreochromis niloticus, et recherche de marqueurs de traçabilité liés à ces approches. Biologie animale. Université Montpellier II - Sciences et Techniques du Languedoc, 2014. NNT : 2014MON20048.

Phelps, R.P. and T.J. Popma. 2000. Sex reversal of tilapia. Pages 34–59 in B.A. Costa-Pierce and J.E. Rakocy, eds. Tilapia Aquaculture in the Americas, Vol. 2. The World Aquaculture Society, Baton Rouge, Louisiana, United States.