Question de sciences

Sondage du lundi 25 juillet 2016

Sexuellement frustré, le mâle de la mouche drosophile:

Résultat des votes: adopte un comportement suicidaire: 67%, noie son chagrin dans l'alcool: 25%, s'inscrit sur des sites de rencontres: 8%

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Réponse: Sexuellement frustré, le mâle de la mouche drosophile noie son chagrin dans l'alcool. Ah, se prendre un râteau, la belle affaire! Comme certains hommes, les mouches peinent parfois à accepter les limites de leur pouvoir de séduction, et noient leur frustration dans l'alcool. C'est l'objet d'une très sérieuse découverte, décrite en 2012 dans la non moins sérieuse revue Science. C'est que l'enjeu va bien au-delà des déboires romantiques des diptères. Les mécanismes mis au jour dans le mini-cerveau de l'insecte pourraient expliquer nos propres dépendances à la bouteille, notent les auteurs, chercheurs à l'UC San Francisco. Le protocole de l'expérience est relativement simple. Un premier groupe de mâles sont exposés à des femelles sexuellement réceptives et copulent. Les seconds, moins chanceux, sont mis en compagnie de femelles déjà fécondées, qui rejettent donc leurs avances. Nos petits Casanova ailés sont ensuite isolés dans une boîte où deux liquides nutritifs sont mis à disposition - l'un avec, et l'autre sans alcool. Alors que les mâles satisfaits se repaissent avec sobriété, leurs infortunés homologues trouvent leur expédient dans la bibine. L'approche neurobiologique apporte un début de réponse à ce constat. En effet, le cerveau des mâles comblés comporte un niveau élevé d'une molécule appelée neuropeptide F, connue pour être un marqueur de la satisfaction. Au contraire, les petits frustrés présentent un taux sensiblement plus bas. Or les chercheurs ont pu montrer que la consommation d'alcool était prévisible en fonction du taux de cette molécule. Chez l'humain, il se pourrait bien qu'un mécanisme comparable soit à l'oeuvre. Il existe dans notre cerveau un neurotransmetteur analogue, le neuropeptide Y, qui fait d'ailleurs l'objet d'études cliniques concernant le traitement de l'anxiété ou de l'obésité. S'il s'avère qu'il est également impliqué dans la dépendance à l'alcool, alors nous pourrions avoir trouvé une piste intéressante pour de nouveaux traitements de sevrage, notent les chercheurs. --- Sexual Deprivation Increases Ethanol Intake in Drosophilar, G. Shohat-Ophir, K. R. Kaun, R. Azanchi, H. Mohammed, U. Heberlein, in Science 16 Mar 2012: Vol. 335, Issue 6074, pp. 1351-1355 / DOI: 10.1126/science.1215932