Question de science

Sondage du lundi 20 février 2017

Pourquoi les cris nous alarment-ils ?

Résultat des votes: Ils font vibrer nos nerfs périphériques: 22%, Ils paralysent l’oreille interne: 11%, Ils activent l’amygdale cérébrale: 67%

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Réponse : Ils activent l’amygdale cérébrale, une partie du cerveau qui gère les émotions et le traitement du danger Crier est sans doute l'un des signaux les plus pertinents pour assurer la survie chez les humains, sauf si l’on reste paralysé par la peur. Une recherche menée à l’Université de Genève s’intéresse depuis plusieurs années aux origines de la communication vocale. Est-ce que cette communication innée - les nourrissons crient à peine sortis du ventre de leur mère - est universelle ? D’autres mammifères l’utilisent-ils? Et quel est son cheminement dans le cerveau ? En s’appuyant, notamment, sur des données relevées par IRMf, les chercheurs ont découvert que les cris occupaient une région fréquentielle spécifique dans le spectre audible les distinguant ainsi de toute autre vocalisation. Ils effraient ou alertent automatiquement alors qu’un chant, même entonné d’une voix tonitruante, n’aura jamais cet effet d’alarme. Ces cris d’alertes ont une particularité, ils utilisent des sons que l’on n’entend pas souvent, ce qui permet d’éviter le fameux «crying wolf effect», l’effet de fausse alerte. Alors que dans la parole normale, le son de la voix est modulé par les mouvements de la bouche pour produire des syllabes à une fréquence d’environ 5 hertz, le cri produit des modulations de l’amplitude sonore dans une gamme de fréquence beaucoup plus rapide, entre 30 et 150 hertz. Cette gamme de fréquences a été baptisée par les psychophysiciens «rugosité» , par analogie avec la sensation produite lorsqu’on promène un doigt sur une surface rugueuse. Ces sons se situent dans une région spécifique du spectre audible que l’on retrouve, par exemple, dans une voix enrouée. Ils induisent immédiatement une sensation désagréable. Et si cette rugosité n’apparaît pas ou peu dans la parole ou le chant, c’est très certainement pour préserver cet effet d’alerte. Ces sonorités spéciales activent instantanément l’amygdale cérébrale, une région du cerveau dédiée aux émotions et au traitement du danger. Ces modulations rapides satureraient le système auditif, de la même manière que le ferait un stroboscope sur le système visuel. Ils sont si saillants qu’ils accélèrent les réactions. Et, chose intéressante, on a noté que ces fréquences étaient plus faciles à localiser dans l’environnement extérieur ; on sait d’où vient l’alerte. Des fréquences rugueuses ont d’ailleurs été découvertes dans les systèmes d’alarme artificiels comme les sirènes des ambulances. Aujourd’hui, les scientifiques tentent de comprendre comment ces signaux sont routés au sein du système auditif, en déchiffrant les dynamiques neuronales. Parmi les hypothèses émises, il serait possible que les cris prennent une voie rapide dans le cerveau, du thalamus à l’amygdale, sans passer par l’étape réfléchie du cortex, une sorte de raccourci pour donner l’alerte, sans y penser. Remerciements à Luc Arnal Département de neurosciences fondamentales UNIGE Campus Biotech