Question du lundi 18 septembre 2017

Chez les abeilles à miel, qu’est-ce qui détermine lesquelles seront des ouvrières?

Réponses

1 La taille de l'abdomen du mâle

2 Leur nourriture, qui atrophie certaines parties de leur corps

3 C’est la reine qui décide de leur sort

Réponse 2.  Leur nourriture, faite de miel et de pollen, atrophie certaines parties de leur corps

 

Pas de dynastie chez les abeilles à miel, ni de position privilégiée durement gagnée, ni même de déterminisme génétique. L’ADN de toutes les abeilles à miel, reines ou ouvrières, est identique. Leur destin dépend principalement de leur alimentation. Durant les trois premiers jours de leur vie, toutes les petites larves sont nourries de gelée royale. C’est ensuite que leur destin bascule. Celles qui sont nées dans de grandes alvéoles continueront à recevoir cette substance riche en protéines et en lipides. Les autres se contenteront de la nourriture du peuple: un mélange de miel et de pollen, appelé «pain d’abeille». Cette différence de régime est sans appel: la première sera reine, grande et féconde, et les secondes ouvrières, petites et stériles.

Forts de ce constat, des chercheurs ont entrepris, depuis de nombreuses années déjà, de comprendre quels composants de la gelée royale, fabriquée par les jeunes ouvrières, boostent la croissance de ces jeunes élues. En 2011, une équipe de scientifiques japonaise a notamment mis en évidence un mécanisme en œuvre à l’échelle microbiologique. Une protéine, appelée royalctin, semble avoir un rôle prépondérant dans le développement du corps et des ovaires de ces insectes en activant une voie de signalisation d’un gène spécifique.

Il s’avère cependant qu’un deuxième mécanisme, mis au jour récemment par des scientifiques chinois, préside au destin des hyménoptères. Selon une étude publiée en août dans PLOS Genetics, le mélange de miel et de pollen que reçoivent les larves roturières influence également leur développement. Une molécule issue des plantes dont est tiré le pollen a un impact épigénétique sur les abeilles à miel. Le microARN atrophie le corps des abeilles, les rend stériles et diminue leur espérance de vie.

Outre le rôle de l’alimentation des abeilles sur leur devenir,  ces découvertes mettent en évidence, selon les chercheurs, l’interdépendance de l’évolution des êtres et des plantes. Le microARN joue en effet également un rôle dans la formation de certaines fleurs: celles qui en contiennent davantage sont plus grandes et plus colorées. Cela attire les abeilles et aide donc la plante à disseminer ses graines. Une piste à creuser, estiment les scientifiques, pour peut-être donner un nouvel éclairage sur la mort mystérieuse d’innombrables abeilles ces dix dernières années.

Est-ce qu’être reine préside pour autant à un destin plus réjouissant que celui d’ouvrière? Son physique de reproductrice lui assure une longue et « paisible » existence à pondre quelque 200 œufs par jour, recluse dans la ruche. Mais incapable de se nourrir elle-même, son sort est entre les pattes des ouvrières. Quand celles-ci s’apercevront que la reine faillit à son devoir de reproductrice, elles cesseront de lui fournir la royale substance et se choisiront une nouvelle reine. La vieille souveraine mourra donc de faim, abandonnée de sa colonie.

Pour en savoir plus:

Article paru dans PLOS genetics en août 2017

Article paru dans Nature en mai 2011