Question du lundi 18 décembre 2017

Pourquoi un comédien ne porte-t-il pas de vert sur scène ?

Réponses

1 Le vert empêche de se concentrer

2 Porter du vert pouvait tuer

3 Le vert se voit mal sur scène

Au Moyen Âge, porter du vert pouvait vous tuer

Le vert est, aujourd’hui, le symbole de la santé - croix verte des pharmacies et tenues des chirurgiens - le vert représente aussi la nature, c’est la couleur du bio, de Green peace. Mais c’est aussi une couleur dont on s’est méfié et qui a pu être mal-aimée.

Pour les Romains le vert était une couleur barbare. Au Moyen Âge le vert reste une couleur chimiquement instable, qui ne tient pas, changeante. Elle était fabriquée à base de matières végétales comme la fougère, le jus de vert de poireau ou l’écorce de bouleau. Les peintres et les teinturiers ont beaucoup de mal à la fixer. Elle est le symbole de l’instabilité, du jeu, du hasard voire même la couleur du diable, de l’avarice ou de la cupidité.

Dans le théâtre de la Renaissance, le vert devient une couleur tabou, elle porterait malheur. En effet, comme le vert reste une couleur difficile à maîtriser, les habits verts ne sont donc pas teints, mais peints au vert-de-gris, un mélange de différents composés cuivrés qui donnent une très belle couleur, mais ces assemblages improbables d’acides, d’oxydes, de plomb, de cuivre sont dangereux, voire mortels. Les pauvres acteurs qui endossaient ces vêtements verts finissaient certainement par être empoisonnés, non pas par contact avec la peau, car celle-ci est hydrophobe, mais il suffisait que cela s’infiltre dans une plaie ou d’en avoir sur les mains et d’en ingérer régulièrement pour être intoxiqué. L’hygiène n’étant pas celle que nous connaissons aujourd’hui. Pour la petite histoire, Molière serait mort dans un habit vert, renforçant ainsi le tabou.

Le cuivre, que l’on retrouve dans de nombreux aliments est essentiel pour le bon fonctionnement du corps. Il devient toxique dès qu’il dépasse les 35 mg par jour durant une longue période, provoquant une lésion inflammatoire grave du foie. Quant au vert-de-gris, obtenu par l’oxydation du cuivre - comme cela peut se produire sur de vieux robinets - a beaucoup été utilisé comme poison. Ce sont des sels de cuivre que l’on obtient en faisant macérer le métal dans du vinaigre.

De nombreux plats ont été ainsi assaisonnés au cours des siècles pour éliminer la concurrence. On apprend même que le vert-de-gris a été utilisé pour empoisonner les munitions des armes à feu. Rendant toute blessure superficielle, potentiellement létale. Il ne faut pas oublier, non plus, que l’on sulfate de cuivre les vignes, où il fait office de fongicide puissant. Et que le vert de Paris ou vert de Schweinfurt était déversé dans les égouts pour éliminer les rats.

D’ailleurs la couleur préférée de Napoléon était le vert empire ou vert de Schweinfurt, ce qui lui a peut-être coûté la vie. Cette couleur est obtenue grâce à un mélange d’arsénite et d’acétate de cuivre. On soupçonne que sa mort à Sainte-Hélène aurait été causée par le papier peint vert dans sa chambre à coucher. Pour avoir respiré pendant 6 années d’exil les vapeurs d’arsenic qui s’en dégageaient à cause du climat humide de l’île.

Michel Pastoureau,
Vert Histoire d’une couleur

Van Eyck les époux Arnolfini

Remerciements à Hubert Girault,
Laboratoire d’électrochimie physique et analytique, EPFL