Question du lundi 8 janvier 2018

Selon une étude, les séismes pourraient être plus nombreux en 2018 à cause…

Réponses

1 d’un ralentissement de la rotation de la Terre

2 du déplacement du pôle Nord géographique

3 de la dérive de la plaque tectonique eurasienne

La bonne réponse est: 1. à cause d’un ralentissement de la rotation  de la Terre.

Prédire le déclenchement, le lieu ou l’intensité d’un tremblement de terre reste impossible. Mais les conclusions d’une étude, réalisée par deux géologues américains et parue dans la revue scientifique Geophysical Research Letters, offriraient une piste pour savoir quelles seront les années les plus actives sur le plan sismique au niveau planétaire. Et d’après le modèle proposé, l’année 2018 pourrait bien être l’une d’elles...

Après avoir compulsé les statistiques sur une centaine d’années, les chercheurs ont établi une correlation entre la vitesse de rotation de la Terre et le nombre total de séismes. Plus concrétement, ils ont identifié que le mouvement de toupie de la planète ralentissait légèrement, selon un cycle régulier d’une trentaine d’années, et qu’au moins cinq à six ans plus tard, une augmentation du nombre de séismes de forte magnitude était systématiquement enregistrée. Or, la dernière période de décélération marquée aurait commencé courant 2011. Faites le calcul…

Ce lien entre rotation et nombre de séismes s’expliquerait par le fait que notre planète est loin d’être un corps rigide. Sa surface est composée d’une quinzaine de plaques tectoniques principales et d’une cinquantaine de plaques secondaires, toutes en mouvement relatif, ainsi que de grandes quantités de fluides – océans, mers, rivières, gaz atmosphériques, etc. Le tout confère à l’asthénosphère – la partie supérieure du manteau terrestre - une certaine viscoélasticité. C’est pourquoi toute modification, même légère, du moment cinétique de rotation engendrerait une perturbation des équilibres entre ces éléments solides et fluides et de la répartition des énergies souterraines.

Une piste à creuser

S’ils restent prudents, de nombreux scientifiques considérent cette étude comme offrant une nouvelle piste intéressante. D’après François Passelègue, sismologue au Laboratoire expérimental de mécanique des roches de l’EPFL (LEMR), «une corrélation entre rotation terrestre et séismes a déjà été établie, mais dans l’autre sens, c’est-à-dire qu’un tremblement de terre important libére une énergie qui peut  provoquer une légère accélération du mouvement de rotation». Allant dans le même sens, Marie Violay, qui dirige le LEMR, ajoute que «de petites perturbations dans les états de contraintes des roches suffisent parfois à déclencher des séismes. Une corrélation a également été établie avec les marées.» Un ralentissement de la rotation peut donc aussi jouer un rôle et entraîner des changments dans ces états de contraintes.

Mais il est selon eux impossible de dire, à ce stade, si davantage de séismes auront lieu en 2018, cette piste demandant tout d’abord à être sérieusement creusée et mise à l’épreuve de données statistiques supplémentaires.

Les tremblement de terrre sont des phénomènes extrêmement complexes, soulignent les deux experts. «C’est une discipline à la frontière de beaucoup d’autres, telles que la géologie, la physique, la statistique, la mécanique des processus frictionnels ou de ruptures», explique Marie Violay. Chaque faille, chaque situation est différente et implique d’innombrables données – taille des plaques tectoniques, type de friction entre elles, héterogéneité des matériaux, etc. Sans oublier que certaines, et non des moindres, ne sont pas connues, comme l’état des roches sous la surface terrestre. «Le forage le plus profond réalisé à ce jour est de seulement 8 km, relève François Passelègue. Mais qu’en est-il à 20 km sous terre?»

Peu de risques en Suisse

Tout cela rend donc les prédictions extrêmement difficiles. «Même en laboratoire et sous conditions contrôlées, il nous est impossible de dire exactement quand le déclenchement se produira, explique le chercheur. Et même si l’on peut détecter et anticiper certains éléments, il est très difficile de prévoir leurs effets.»

Que 2018 soit une année à séismes ou pas, les habitants de Suisse encourent peu de risques. Même si un événement de plus grande ampleur n’est pas à exclure, seule une vingtaine de tremblements sur mille enregistrés dans le pays dépasse une magnitude de 2,5 sur l’échelle de Richter. 

 

Publication dans Geophysical Revue Letters: http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/2017GL074934/abstract

Conférence au meeting annuel de la Geological Society of America, à Seattle, Washington, USA, octobre 2017:

https://gsa.confex.com/gsa/2017AM/webprogram/Paper300667.html